12 septembre 2016  |  Les Echos

Le fonds Ginkgo se renforce sur le filon peu exploité des friches contaminées

Alors que les opérations lancées sous « Ginkgo I » sont toujours en cours, le fonds vise 140 millions pour son deuxième véhicule.

Six ans après son premier véhicule lancé en 2010, le fonds Ginkgo, du nom de l’arbre qui a repoussé après Tchernobyl, est en train d’en boucler un second. A la fin de septembre, 126 millions auront été souscrits pour coller aux objectifs de 140 millions d’ici à la fin de l’année. Les investisseurs fondateurs ont remis au pot et « ont doublé leur mise de départ », souligne même Bruno Farber, directeur général de Ginkgo. La Caisse des Dépôts et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont ainsi remis 30 millions d’euros chacun, le Groupe Edmond de Rothschild 10 millions, suivis par une quinzaine d’investisseurs.

Spécialisé dans le financement de la réhabilitation des friches industrielles en milieu urbain, ce fonds confirme ainsi son positionnement sur une niche encore peu exploitée. Ce deuxième véhicule plus ambitieux – le premier avait porté sur 81 millions d’euros – se lance alors qu’aucune des opérations du premier n’est achevée. Sept dossiers sont en cours en France et en Belgique. Ces projets doivent voir émerger 200.000 mètres carrés de droit à bâtir au coeur d’agglomération, plus de 3.000 logements et 5.000 emplois.

Garantie européenne

Le secteur est risqué à plus d’un titre. Des chantiers sur dix ans, délais d’obtention des permis, enjeux politiques parfois, surcoût souvent… La BEI s’est lancée en activant la garantie européenne du plan Junker qui permet d’avoir une partie des pertes prises en charge en cas d’insuccès. « Le fait d’avoir la garantie européenne à première perte nous permet de doubler notre mise alors que nous ne savons pas encore si les opérations en cours seront performantes », explique Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, qui est également présente dans un l’autre fonds concurrent, Brownfields, qui a lancé son deuxième véhicule en 2014. C’est que le secteur, bien que risqué, est porteur. Aux Etats-Unis, un certain nombre de fonds se sont spécialisés sur ces friches polluées que la désindustrialisation multiplie. Ce n’est pas le cas en France, ni en Europe, où l’activité est embryonnaire et où les collectivités locales se sont plus impliquées. « Ces opérations ont des niveaux de technicité et de complexité aiguës. Il faut un certain nombre de partenaires pour les mener à bien. Je pense que d’autres fonds se positionneront sur ce secteur », juge Ambroise Fayolle. Le marché est là. « On nous soumet 40 à 50 dossiers par an », indique Bruno Farber. Il faut donc que Ginkgo accélère ses ambitions. Cette fois-ci, Ginkgo 2 doit donner naissance à 350.000 mètres carrés de nouveaux droits à construire, soit environ 5.000 logements et 8.500 emplois.

Marion Kindermans, Les Echos  |  http://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/0211257992929-le-fonds-ginkgo-se-renforce-sur-le-filon-peu-exploite-des-friches-contaminees-2026454.php